Build vs buy en courtage : le vrai calcul sur cinq ans
Au-delà du prix de licence, le coût et la valeur réels de construire son propre logiciel métier — ou de l'acheter. Le calcul honnête, sans angle mort.
Karl Verger
LAPI TECH
« Pourquoi construire votre logiciel alors que des éditeurs existent ? » C'est sans doute la question qu'on me pose le plus. Elle est légitime, et la réponse honnête n'est pas « parce que c'est mieux ». C'est « parce que le calcul, sur la durée, n'est pas celui qu'on croit ». Je vous propose de le poser à plat, sans angle mort.
Le réflexe naturel compare deux prix : le coût d'une licence annuelle face au coût d'une équipe de développement. À ce jeu, acheter gagne presque toujours la première année. Mais ce calcul est faux, parce qu'il compare un prix affiché à un coût complet. Pour être juste, il faut mettre les deux colonnes au même niveau.
Côté « acheter », le prix de licence n'est que le début. S'ajoutent l'intégration, la reprise des données, la formation, les développements spécifiques que l'éditeur facture, et surtout le coût de l'écart : tout ce que votre métier fait et que l'outil ne sait pas faire, et qu'il faut compenser à la main. Dans le courtage spécialisé, cet écart est rarement marginal. Il y a aussi un coût plus difficile à chiffrer : la dépendance. Quand votre outil central appartient à un tiers, votre rythme d'évolution devient le sien, et votre roadmap dépend de ses priorités à lui.
Côté « construire », l'investissement initial est réel et il est plus élevé. Mais il change de nature avec le temps. Une fonction développée est un actif : elle ne se repaie pas chaque année. Au bout de plusieurs versions — nous en sommes à vingt-neuf sur le CRM — l'outil épouse exactement le métier, et chaque nouvelle brique coûte moins cher à ajouter parce qu'elle s'appuie sur les précédentes. La dépendance s'inverse aussi : la connaissance reste dans la maison.
Pour autant, je ne suis pas un militant du « tout construire ». Ce serait une posture, pas un raisonnement. Construire n'a de sens que sous trois conditions, et il faut être lucide quand elles ne sont pas réunies. Première condition : que le besoin soit au cœur de votre métier, pas en périphérie. On ne construit pas sa propre messagerie ou sa propre comptabilité — on l'achète. On construit ce qui fait la spécificité de la relation client. Deuxième condition : que vous ayez, ou puissiez bâtir, la capacité technique durable de maintenir ce que vous créez. Un logiciel non maintenu est une dette, pas un actif. Troisième condition : que l'usage soit suffisamment stable et partagé pour qu'on construise une fois et que ça serve longtemps, à plusieurs.
Le vrai calcul, sur cinq ans, n'est donc pas « licence contre salaires ». C'est : sur cette fonction précise, l'écart au métier et la dépendance coûtent-ils, dans la durée, plus cher que l'investissement de construction et sa maintenance ? Pour le cœur du courtage, dans notre cas, la réponse a été oui. Pour beaucoup de fonctions périphériques, elle reste non, et nous achetons sans état d'âme.
Si je devais résumer : achetez ce qui est commun, construisez ce qui est vôtre, et méfiez-vous du prix affiché — il ne dit jamais le coût réel. La question n'est pas idéologique, elle est arithmétique. Encore faut-il faire l'arithmétique complète.