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Vision marché2 min de lecture10 juin 2026

Courtage et souveraineté des données : une thèse de marché

La souveraineté des données va passer du statut de contrainte réglementaire à celui d'argument de différenciation. Une thèse de marché pour les cabinets et les éditeurs qui les servent.

Karl Verger

LAPI TECH

La souveraineté des données est longtemps restée un sujet d'experts et de réglementation. Elle devient, sous nos yeux, un sujet de marché — y compris dans le courtage. Je crois même qu'elle va structurer une part des choix technologiques de la profession dans les années qui viennent. Voici pourquoi, et ce que j'en déduis.

Le courtier détient une matière particulièrement sensible. Données personnelles, données de santé pour certaines branches, informations patrimoniales, historiques de sinistres : ce que contient un cabinet est précisément ce que le RGPD protège le plus strictement. Cette matière n'est pas un sous-produit de l'activité ; c'est le cœur de la relation de confiance avec l'assuré. Et la confiance, en assurance, n'est pas un argument parmi d'autres. C'est le fondement.

Or l'arrivée massive de l'IA déplace la question. Pour fonctionner, beaucoup d'outils d'IA envoient des données vers des services tiers, parfois hors d'Europe, sans que l'utilisateur sache toujours où elles transitent ni ce qu'il en advient. Tant qu'il s'agissait de stocker des fichiers, la question de l'hébergement restait technique. Dès lors que des données sensibles nourrissent des traitements d'IA, elle devient stratégique. Où sont traitées les données ? Qui peut y accéder ? Que reste-t-il après le traitement ? Ces questions ne sont plus réservées aux juristes : elles déterminent ce qu'un cabinet peut, ou ne peut pas, se permettre.

Ma thèse est la suivante : la souveraineté des données va passer du statut de contrainte réglementaire à celui d'argument de différenciation. Les cabinets qui pourront garantir à leurs clients la maîtrise de leurs données auront un avantage de confiance que les autres devront justifier. Et les éditeurs qui auront pensé cette maîtrise dès la conception — où les données sont traitées, ce qui sort du cabinet, ce qui n'en sort pas — seront préférés à ceux qui l'auront traitée après coup, comme une rustine.

Cette conviction a des conséquences concrètes sur la manière de construire. Elle pousse à minimiser ce qui sort du système, à privilégier des traitements dont on maîtrise la localisation, à pouvoir dire précisément quelle donnée va où et pourquoi. Ce n'est pas la voie la plus simple ni la moins coûteuse — il est souvent plus rapide d'appeler un service externe et de ne pas se poser la question. Mais c'est la voie qui tient dans un métier où la confiance est l'actif principal.

Je ne prétends pas que tout doive rester cloisonné, ni que toute donnée envoyée à un tiers soit un problème. Ce serait une posture, pas une analyse. Je dis que la question « où vont mes données ? » va devenir une question commerciale autant que réglementaire, et que les acteurs qui l'auront anticipée prendront de l'avance sur ceux qui la subiront. La souveraineté n'est pas un supplément d'âme. Dans le courtage qui vient, elle sera un terrain de compétition.